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ALORS…COUPLE, CÉLIBAT, MODE D’EMPLOI…..

 En juillet 2013, j ai eu le plaisir de répondre aux questions du magazine Illy, la thématique était un dossier sur le couple.

Une année est passés et ma réflexion sur le sujet du couple et du célibat a peu changé.

 

 

 

1. QUEL EST VOTRE CHAMPS D’INTERVENTION DANS LE CADRE RELATION HOMME/ FEMME CÉLIBATAIRES MAROCAINS?

J’exerce à Casablanca en cabinet privé en tant que psychologue et psychothérapeute. Mon parcours, quelque peu particulier m’a aussi amené à m’intéresser aux problématiques liées à la Clinique du travail et à la souffrance du travail. Dans ce cadre j ai eu à rencontrer beaucoup de patients, totalement intégrés dans leurs vies d’adulte et leurs vies professionnelles, mais… toujours célibataires… à des âges où la société voudrait que ces personnes soient en couple, mariés, avec des enfants. Et ceci, concerne autant les hommes que les femmes. Au fil de l’eau, la thématique du célibat et du couple s’est aussi imposé dans mon travail d’accompagnement thérapeutique.

2. QUEL EST LE PROFIL DE VOS PATIENTS CÉLIBATAIRES? AGE, CSP, SEXE

Le profil est équilibré en matière de genre, je reçois autant d’hommes que de femmes. Ce qui est particulièrement dû au fait qu’une partie de mes consultations sont consacres à des adultes et des couples. Et dans ce cas, les hommes à partir d’un certain âge, 35 /40 ans sont tout autant touché par des situations de rupture et de malaise que les femmes. En règle général, les patients que je rencontre sont des adultes de classe moyenne et supérieure, bien intégré professionnellement, qui ont identifié une souffrance ou une gêne dans leur quotidien et qui souhaite vivre une vie personnelle meilleur. Les consultations chez le psychologue se démocratisent de plus en plus, on assiste à une levée de tabou réelle et une vraie prise de conscience de la nécessité parfois dans un moment de vie d’un accompagnement par un professionnel pour accéder à un plus grand confort de vie ou encore franchir des étapes de vie.

3. POURQUOI VIENNENT-ILS VOUS CONSULTER ? QUE CHERCHENT-ILS?

Aller mieux (sourire) ! Etre en plus grande cohérence avec leurs valeurs ! Apaiser les douleurs, les dépasser pour rester le plus centré sur leurs chemins. De plus en plus de célibataires de 35/40 ans consultent et résument leurs mal être par ‘ma vie m’échappe » j’ai un boulot, je vie bien, je suis socialement intégré, mais j’ai l’impression que je passe à côté de ma vie. Cette période de vie est aussi sujette à des interrogations il faut dire. A partir de ce constat, les manifestations chez le patient sont diverses et variées, de mineurs à parfois lourdes et handicapantes. On assiste à deux niveaux de consultations : une première orientée vers le mieux être, l’harmonie et l’amélioration de soit, et une autre, probablement plus classique, liée, à une symptomatologie plus lourde, avec des cas d’anxiété généralisée, de dépression, de syndrome post traumatique, de phobie etc…

4. L’HOMME MAROCAIN VIENT-IL VRAIMENT DE MARS? ET LA FEMME DE VENUS?

Rassurez vous, nous venons et habitons la même planete Terre et jusqu’à preuve du contraire, les manifestations de vie sur Vénus ou Mars sont encore méconnues ! La vulgate populaire, bien relayée par les médias et certains livres, veulent nous faire croire que les hommes et les femmes sont foncièrement différents, ont des mécanismes émotionnels et de conduites différents, voir opposés. Je peux vous assurer qu’une émotion refoulée, qu’une peur exprimée ou encore qu’une douleur vécue est tout aussi handicapante chez une femme que chez un homme. La société, les comportements sociaux et les schémas d’éducations imposent probablement des manifestations émotionnelles différentes chez les uns et les autres, mais les mécanismes de régulation des émotions des deux sont globalement identiques !

5. POURQUOI LE CÉLIBAT RESTE-T-IL UNE TARE SOCIALE? POURQUOI CETTE VOLONTÉ DE VOULOIR SE CASER À TOUT PRIX

On ne peut pas poser le constat de la sorte. Le regard de la société vis-à-vis du célibat a clairement évolué sur ces 20 dernières années, surtout en milieu urbain. Qui dans sa famille ou dans son entourage professionnel n’a pas des cousins, cousines, ami(e)s célibataires à plus de 30 ans et même à 40 ans et plus. Du fait même que le célibataire a une vie sociale, des activités, travaille, voyage et se projette dans sa vie, en investissant, en achetant un logement ou encore en consommant, il est et sera de plus en plus intégré dans la société. Ca c’est encore des croyances qui ont la dent bien dur, la réalité – urbaine je précise – est tout autre ! Maintenant vous me posez la question de se « caser à tout prix ». J’ai juste envie de vous répondre, n’est ce pas mieux de vivre en couple, dans le partage et la sérénité, plutôt que d’être seul ? Le besoin est légitime à un moment d’une vie. Pas généralisable, mais légitime pour ceux qui l’expriment ! Si je vous dis que cette personne en face de vous est le compagnon de votre vie, vous allez le refuser sous prétexte que vous revendiquez votre célibat ? Maintenant il y a d’autres paramètres qui font que nous assistons à beaucoup de rencontres manquées entre hommes et femmes, et cela relève plus d’un écart entre référentiel et réalité dans le champ des relations homme/femme et d’un phénomène de cristallisation de l’amour, du partenaire, du couple et du mariage un peu à la Mme Bovary. Dit autrement chacun pour un même concept a un idéal, fait des projections, reste figé sur cet idéal, et dans la réalité vit désillusions sur désillusions.

6. QUELLES SONT LES ATTENTES DES HOMMES? CELLES DES FEMMES?

Idéal ou réelles ? Pour faire simple un homme recherche une femme avec un grand F à ses cotés, et une femme recherche un homme avec un grand H, aussi à ses côtés. Vous allez me dire, ca se traduit comment ? Cela veut tout simplement dire que l’homme dans une relation veut garder ses attributs d’hommes et que la femme veut aussi garder ses attributs de femme dans cette même relation. Un homme vous dira qu’il ne veut surtout pas se sentir castré dans son rôle, qu’il souhaite une femme aimante, qui l’admire dans ses décisions et qui reste à la fois fragile et forte pour être gardienne du temple… Oui il visualise le modèle de sa mère dans son idéal et pour forcer le trait nos marocains sont tres sujet au syndrôme de Peter Pan. La femme, elle, est en plein syndrome de Cendrillon, dans son inconscient, elle recherchera inconditionnellement la protection du père. Le modèle familial, universellement, a fonctionné sur ces bases pendant des siècles. Là où le bas blesse, la réalité, les contraintes et les avancés de la vie actuelles ont quelque peu changé les règles du jeu. Un homme souhaite retrouver la fragilité de sa mère en sa femme, sauf que cette femme est devenue de plus en plus affirmée et indépendante dans sa construction et dans son rapport dans le couple. Et de l’autre coté, la femme désire la protection de son homme mais refuse toute autorité et soumission émanant de lui. Vous imaginez la cacophonie ambiante ! Je tiens à préciser que mes propos relèvent du constat et non du jugement, et que l’évolution des rapports homme/femme est bien là, bien réelle, et surtout irrémédiable. Elle comporte des avancées plus que positives en matière de droit de la famille et de la femme, mais aussi de contributions économiques dans la cité. Pour résumé le phénomène, il est nullement alarmant tout d’abord, et relève d’une étape dans la construction du couple marocain moderne. Nos marocains célibataires, en quête de l’aller ego sont des adulescents du couple. Adulte ils le sont mais se comportent encore comme des adolescents, à mi chemin entre un modèle familial ancestral et un nouveau modèle à construire, sans version définitive d’un mode d’emploi. Alors on tâtonne…

7. LES FEMMES SONT-ELLES VRAIMENT MATÉRIALISTES?

Les femmes à travers cette réputation de matérialiste expriment toujours un fort besoin de sécurité. Bien qu’indépendantes, modernes et souvent capables de vivre leurs vies en toute liberté, elles restent encore très empreintes du référentiel de leurs mères, des transmissions inconscientes et d’un construit social qui est encore bien ancré. L’autonomie des femmes a pris des proportions plus importantes depuis 20-30 années tout au plus, on ne change pas des comportements et une conduite sociale si importants en si peu ! Au final, c’est comme si nous avions une génération de femmes qui ne portent pas encore le costume de l’autonomie à la bonne taille. Elles sont autonomes, mais n’ont pas encore totalement intégré toutes les composantes de cette posture, notamment ses avantages et ses inconvénients. D’où cette tendance à la généralisation et ce reproche clairement fait par beaucoup d’hommes aux femmes. N’oublions pas aussi le contexte socio-économique qui est plus contraignant pour un ménage, si seulement un des partis participe aux dépenses quotidiennes.

8. LA « BAYRA » A-T-ELLE DES CHANCE DE TROUVER SA PLACE DANS LA SOCIÉTÉ MAROCAINE?

Comme je vous le disais précédemment, en milieu urbain, la bayra n’existe presque plus. Ce mot implique une exclusion de la femme de son environnement socioprofessionnelle. Plutôt considérée comme vieille fille, souvent vivant avec ses parents, elle reste à la charge de sa famille et a peu d’interactions avec les évolutions de son environnement. Aujourd’hui nous avons des femmes célibataires, des femmes qui tôt ou tard habiterons seules, qui ont certainement une vie affective, qui travaillent, qui ont des loisirs et qui sont totalement intégrée dans la vie sociale. Alors même si l’appellation existe dans certaines couches de la société, elle a une autre réalité et relève aujourd’hui de l’expression d’un statut : on est célibataire, comme on est marié, comme on est divorcé.

9. L’AMOUR EST-IL UN MYTHE?

Les hommes continuent à le fantasmer et à le fixer à un imaginaire collectif, oui il restera un mythe et provoquera encore beaucoup de désillusions. Maintenant, s’il colle et se modèle à une réalité, l’amour est bien la et sera multiforme. Il revêtira le visage de la tendresse, de la passion, de la protection, de la responsabilité, de la fragilité et bien d’autres… et chacun, homme comme femme trouvera la sérénité et le bonheur dans le couple, puis dans la famille.

10. DONNEZ-NOUS UNE DÉFINITION DU COUPLE MAROCAIN? SUBIT-IL UNE MUTATION?

Si on parle de couple marocain en général, ce couple n’est pas bien différent d’une grande majorité de couple dans le monde. Il est officialisé par l’institution du mariage et se construit et évolue autour de la composante familiale : le couple progressivement laisse place à la famille. Maintenant il y a mutation dans les critères d’évolution du couple et dans le rite de passage vers la cellule familiale. Dit autrement, de plus en plus de marocains souhaitent mettre le couple au centre de la composante familiale, qui est un système bien plus complexe qu’une relation duale entre un homme et une femme. Et c’est là où est le point d’achoppement, qui dit famille, dit interactions multiples entres des micro-composantes sociales diverses et variées : les parents, les belles familles, les familles élargies, le voisinage, l’entourage social etc. Le couple marié se retrouve très vite absorbé par ce système, qui d’ailleurs lui fait bel et bien une place, à partir du moment où il se soumet à ces règles et ces modes de fonctionnements formels ou tacites. Seulement de plus en plus de célibataires, et notamment les hommes dans ce cas là, entrevoient la complexité du système familial, et refusent d’y entrer. C’est ce qui est traduit par des témoignages du type : j’ai rencontré un homme, on s’est connu, ca allait très bien ensemble, et plus ca avançait dans le temps plus il a pris peur et s’est désengagé de la relation. Du coté des femmes, qui souhaitent, à un moment donné de leur vie, se mettre en ménage, elles arrivent à mieux vivre ce rituel de passage, probablement après la découverte de la maternité. L’homme après quelques années de mariage dira, ma femme a changé – alors que le constat est ailleurs, la femme n’est plus seulement la compagne de l’homme, elle tient aussi les rôles de mère, maitresse de maison, travailleuse et gardienne de la transmission et de l’éducation. Ce qui dans certains cas est trop ! Je rencontre souvent des femmes dépassées par tants de responsabilités et manifestant des symptômes de stress, d’anxiété ou de dépression importants, pour la simple raison qu’elles n’arrivent plus à être « parfaite » dans L’amour est un mythe s’il reste stigmatisé dans un idéal. Si les femmes et les leurs rôles multiples.

11. MAIS ALORS OÙ SONT LES HOMMES? COMMENT FAIRE POUR QU’UN COUPLE FONCTIONNE?

Les hommes sont bien là et nous entourent, ils sont juste tout autant perdus que les femmes dans ces rapports de couples contemporains. Beaucoup d’idéaux, des représentations inconscientes et figées en matière de rôles à tenir, une tendance au double discours et pour ainsi dire une communication toxique gorgée de rapports de force et de paroles coup de point font que tout le monde se cherche et personne ne se trouve ! Alors comment faire pour qu’un couple fonctionne ? je conseille souvent à mes patients de laisser leur égo dans les vestiaires tout d’abord ! Puis de mettre à plat leurs idéaux, qu’ils soient relatifs à l’amour, au couple, au mariage etc… et de les dimensionner avec la réalité de la vie. Quand je parle de dimensionnement, je ne parle pas de concessions, je parle de mise en musique, et de partitions. Quelle tonalité souhaitent-ils donner à leurs couples. Certains seront très à l’aise ou souhaiterons très vite que leur couple s’inscrive dans une composante plus large qui est la famille, quitte à ce que celui-ci s’estompe ou prend une autre forme au fil du temps. D’autres seront plus exclusifs, voir plus intimistes dans leurs perceptions du couple et souhaiterons préserver leur amour du premier jour, protéger leur couple et mettre des limites dans les interactions et les intrusions familiales. A vrai dire, toutes les positions se valent à partir du moment où il y a une prise de conscience des attentes de chacun des partenaires et surtout une communication franche simple et authentique dénuée de double langage et de messages toxiques !

DEPUIS MON MARIAGE, JE M’ENNUIE DANS MON COUPLE

Qui n’a pas pensé un jour que le mariage était la fin des ennuies… la fin de la solitude, la fin de l’insécurité… Enfin une période de partage, dans lequel on acquiert enfin un statut social…. Madame…. Eh non… le mariage ne nous protège pas de nous même, de nos manques, de nos inquiétudes, de nos désirs… l’autre, comme une sorte de miroir, raisonne au mieux, déforme au pire…

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